Les chevaliers du Kham
!!!
L'arrivée en Chine après un si long moment au Népal et en Inde du nord est un
véritable choc culturel ! D'abord la langue, les gens, la cuisine, l'ambiance tout entière ! Tout est à refaire !
La ville de Chengdu est une très très grosse ville. Nous avions fait quelques provisions avant de quitter l'Inde, pensant ne pas y trouver de
café ou de sucre... nous sommes servies... Les centres commerciaux fleurissent ici et sont plus gros les uns que les autres. On trouve du Dior et aussi du Mc Do, mais nous en sortirons vainqueurs
car nous n'avons aucune envie de "Big Mac" aujourd'hui. Un peu en dehors des gros axes centraux, les marchés de rues proposent des produits incroyables. Tout est nouveau pour nous et nous avons
envie de goûter à tout. A tout, enfin presque... des fruits et légumes inconnus, des carottes et des oeufs énormes, sûrement pas très naturels, les poissons ou espèces de serpents de mer sont
vendus vivants et présentés dans des bassins, les viandes et tous les abats sont étalés et dégagent une odeur épouvantable ; et le principal mets ici : les pattes de coq, partout sur les étals
avec les trois doigts vers le ciel. Presque esthétique... Nous nous essayons à un de ces bistrots de rue qui proposent du riz et de nombreux légumes ou poissons frais cuits devant vous. C'est ce
que nous avons trouvé de plus simple pour manger ici ; il suffit (presque) de montrer du doigt ce que l'on souhaite. Cela évite les moments épiques, mais aussi très drôles, de "débarquement" dans
les cuisines des restaurants pour se faire comprendre. Nous avons fait le bon choix, car les légumes sont excellents et cette cuisine complètement différente des currys indiens dont nous arrivons
à saturation. Hummmm les champignons !!! Et puis, il faut nous voir manger à la baguette. C'est aussi une expérience pour nous et cela semble beaucoup amuser tous les clients du bistrot.
Mais que de moments difficiles et parfois extrêmement énervants à tenter de se faire comprendre. Voyager
en Chine sans parler la langue est un exercice assez compliqué. Personne ici ne parle anglais et lorsqu'on aborde quelqu'un dans la rue, au restaurant ou dans un hôtel, il n'est pas rare que la
personne parte en courant... Peur de nous ? Nous pensons qu'ils ont surtout peur de ne pas savoir nous répondre, alors la fuite est probablement le meilleur moyen d'éviter le problème. Cela a le
don de nous mettre hors de nous. On apprend ! Cela complique quand même beaucoup la vie pour des choses très simples : manger, trouver sa route, réserver un bus...
Sim accueille les touristes au Sim's Cozy Lodge à Chengdu. Il parle anglais et connaît très bien la région de Chengdu, du Yunnan et du Tibet
tout proche. Il nous annonce que depuis ce matin, toutes les agences de voyages ont reçu des instructions très strictes de la part des autorités chinoises pour ne plus laisser entrer un seul
touriste au Tibet, accompagné ou pas par un guide. Probablement à cause du nouvel an tibetain qui aura lieu fin février. Quelle déception !!! On ne pourra pas se rendre à Lhassa. Nous aurons vu
le Tibet d'en haut, par le petit hublot de notre avion entre Katmandou et Chengdu.
Suite à ce contre-temps, nous décidons de nous rendre vers l'Ouest, à proximité de la frontière tibétaine qui semblerait encore accessible, puis
de descendre vers le Sud en direction du Yunnan. Cette région du Kham est encore très préservée et authentique et de nombreux nomades tibétains y vivent. Nous dépassons très vite notre déception
par rapport au Tibet, car ici tout s'en rapproche quant à l'idée que nous en avions. Les paysages, le haut-plateau tibétain couvert de neige, les gens, les plats, la langue, les yacks, les
maisons et les fabuleux monastères. Nous sommes à seulement quelques kilomètres de la frontière du Tibet interdit, et les hommes armés sont présents partout. Nous avions entendu dire qu'il y
avait eu des émeutes importantes dans la ville les jours précédents et la présence de la police et de l'armée partout, ainsi que le couvre-feu général, assurent le retour au calme. Personne ne
nous dit rien pourtant sur ce qui s'est ou non passé.
Il aura fallu attendre que nous soyons depuis trois jours à Lithang pour qu'un policier se manifeste enfin. "Suivez moi !" nous dit-il d'un ton
ferme. Nous arrivons au poste de police où 10 d'entre eux tuent le temps en buvant du thé et en jouant aux cartes. On nous fait asseoir le temps de trouver un traducteur. Et, s'en suit une
discussion sans fin, presque drôle :
"Welcome to China". "What is your problem ?". "Were are you going ?".
"D'abord, on n'a pas de problème, on nous a demandé de venir ici et d'attendre... et nous allons au shorten à 10 minutes de marche d'ici, il y a
un problème ?"
"Aucun problème, tout le monde est libre en Chine... mais un policier va quand même vous
accompagner !".
"Donc..." nous sommes prêtes à pouffer et à nous mettre en colère mais on ravale notre salive, pensant que de toutes façons cela ne servira a
rien ; d'ailleurs nous en avions déjà fait les frais plusieurs fois plus à l'ouest de la Chine. Alors "OK, lets go".
"Attendez un peu...".
"Attendre quoi puisqu'on peut marcher ? nous sommes libres en Chine et vous avez contrôlé nos passeports !".
"Attendez encore un peu... Un thé ?"
"Nous voulons marcher ! Et sans policier si possible !"
"Attendez encore un peu... Vous savez les policiers chinois sont gentils ! Venez nous voir si vous avez le moindre problème."
"Nous n'avons pas de problème, on veut marcher !"
Finalement, on accepte qu'un policier se joigne à nous, le policier se lève, nous suit et fait demi-tour au bout de 2 minutes, voyant bien que
nous n'avons rien de l'espion qu'ils pensaient traquer.
Le jour même, à 11 heures du soir, alors que nous dormons profondément depuis un moment, des éclats de voix se font entendre en bas de l’hôtel
et nous réveillent. Quelques minutes plus tard, c’est à notre porte qu’on frappe. Trois policiers armés nous somment de leur montrer nos passeports… “Mais… on dort ! et on nous a contrôlé nos
papiers cet après-midi…”. “C’est pour votre sécurité !” nous disent-ils. “SUPER !!!”. Ca fait trois jours que nous faisons des allers et venues ouvertement devant le poste de police juste en face
de l’hôtel sans que cela ne pose problème, et c’est ce soir qu’ils leur faut nos papiers… Comprend pas !!! THIS IS CHINA…
Hormi ces contre-temps, l’endroit est fabuleux. On fête le nouvel an tibetain à la gompa, et tous les
nomades des alentours se retrouvent ici pour prier et célébrer l’événement. Un festival de couleurs et de bijoux… Nous sommes les seules touristes et les gens sont adorables avec nous. Souvent
curieux de nous voir ici et de comprendre la raison qui nous a amené jusqu'ici ; ils demandent à voir nos colliers à prières pour justifier un pèlerinage, comme pour eux…
Les moines, habillés en costume traditionnel avec les masques de leurs divinités, chassent les mauvais esprits en danses et en chansons. Gare
aux fesses de ceux qui ne seraient pas dans les rangs. Barbara, concentrée sur son film en fait l’expérience d’un petit coup de fouet… Arrière fillette ! Libérez la place pour les danseurs
!
Les hommes sont particulièrement beaux ; les cheveux couleur ébène, très longs et souvent tressés, les yeux noirs et le regard perçant, le
costume traditionnel… Hummm, un régal. Mais ne souriez pas trop s’il vous plaît, car sans dents, le mythe s’effondre !!!
Les femmes aussi sont somptueuses. Raffinées dans leurs incroyables parures de bijoux de toutes sortes et de toutes les couleurs. Elles nous
font l’effet de femmes venues d’un autre monde. C’est bien le cas ici !
Après de multiples incompréhensions dues à la langue, souvent exaspérantes et qui nous font perdre du temps, de l’énergie mais surtout du
sang-froid… nous arrivons enfin à trouver un bus pour une ville plus au sud où nous souhaitons nous rendre pour marcher car la route y serait magnifique. Ici pas de sentiers ; nous marchons
sur la piste mais elle est peu fréquentée et le paysage est effectivement fabuleux. A cette altitude élevée (entre 4000 et 4800 mètres) les températures sont très froides et il neige depuis
plusieurs jours. Cela donne au haut-plateau tibétain un air mélancolique, presque dramatique et inaccessible. Nous trouvons refuge dans les tentes des nomades ou dans les maisons typiques, pour
un excellent thé salé au beurre rance de yack. Il nous avait manqué !
Les rencontres sont fabuleuses, mais en Chine, le premier contact est toujours difficile et les gens un peu méfiants. Passé ce moment de doute,
ils nous font partager leur vie avec une extrême générosité.
Deux femmes nomades auraient bien fait leur paquetage pour nous accompagner sur la route, bien qu’elles trouvaient cela surprenant au début. Une
parenthèse de liberté dans leur vie rude de mère au foyer et aux champs, aurait été pour elles une belle évasion. En les quittant, elles reprennent leurs activités du jour : tisser la laine de
yack et préparer le repas très sommaire.
C’est notre dernière marche et nous atteignons aujourd’hui les 3000 kilomètres à pied à travers les montagnes de l’Himalaya ! Quelle belle et
longue marche.
Demain nous nous séparons, mais nous restons très pudiques sur nos sentiments. Personne n’aborde le sujet et toutes les deux nous nous sentons
déjà nostalgiques à l’idée de se quitter après tant de belles aventures.
Une bouteille de vin et un bon repas chinois pour fêter l’événement ! Un excellent moyen de se dire au revoir. A bientôt !!!